09 avril 2008

Stonehenge

Le feu crépitait dans la cheminé. Les flammes se reflétaient dans les yeux des personnes présentes dans la pièce. Les rideaux étaient tirés, l’obscurité n’était repoussée que par le feu. Tous attendaient…mais quoi ? Mais elle pardi ! Mais qui ça elle ? Vous ne la connaissez pas ? Mais que faites vous ici ? Bon je vais vous expliquer, le temps qu’elle apparaisse. Vous êtes ici dans la pièce où le rêve devient réalité, où l’esprit peut s’évader de cette prison qu’est notre corps, pendant quelques heures, le temps d’un conte, d’une histoire. Nul ne sait s’il s’agit de faits réels, légende et vérité forment un doux mélange…Chut regardez le fauteuil à bascule…Vous voyez il bouge…Non il ne bougeait pas avant…Maintenant que le silence fasse son œuvre, qu’il ne soit brisé que par Anianka.

Le fauteuil basculait lentement, il s’arrêta et tourna sur lui même pour dévoiler un visage doux et serein. La vieille femme, malgré son âge n’avait pas perdu ce pétillement dans ses yeux, telle une flamme vivace. Elle se remit à basculer dans son fauteuil.

-Alors de quoi allons nous parler aujourd’hui ? Une histoire, voyons voir, cherchons dans cette pauvre mémoire…

Elle ferma les yeux, plus personne n’osait respirer de peur de la déranger. Puis elle finit pour lever ses paupières ridées.

-Pourquoi pas ! Allons y commençons

Elle prit sa baguette, la pointa vers l’étagère. Un vieux livre s’en extirpa et vint atterrir dans les mains de Anianka. Elle l’ouvrit soigneusement, caressant chaque page, puis s’arrêta. Elle prit ses lunettes aux montures violettes et les posa sur le bout de son nez.

-Humm…"Stonehenge ou le cercle de puissance"…Tout le monde connaît Stonehenge, ce grand cercle mégalithique…Mais connaissez vous sa véritable signification ? Non ? Et bien que temps s’arrête, remontons les années, que nos esprits s’évadent et que la magie fasse son oeuvre …

- Le soleil venait juste de se lever sur le plateau. Le coq se mit à sonner l’heure, l’heure de se lever pour tout le monde. Il faisait encore frais pour ce début d’été. La brume matinale tomba sur le village. Petit à petit, tout le village se réveilla et reprit vie, après une longue nuit. Mais aujourd’hui n’était pas un jour ordinaire. C’était le jour de la grande cérémonie. Les esprits allaient parler à tous les villageois, un grand événement attendu par tous. Mais ce n’était que la soir venu autour du feu ancestral. Les esprits étaient excités mais ils prirent leur mal en patience. Les hommes revinrent avec plusieurs gibiers et du poisson. Les femmes préparèrent le repas de fête, aidées de temps en temps par les enfants.

Le soir venu, tous les villageois se dirigèrent vers la cote et le chef alluma le feu ancestral. Tandis que les flammes s’élançaient vers le ciel étoilé et que le bois crépitait, les villageois entamèrent le chant des anciens, attendant un signe des esprits. Elles ne se firent pas attendre très longtemps. Des voix, appartenant sûrement à de jeunes femmes, s’élevèrent au dessus du chant, tous se turent. Elles paraissaient si proche mais à la fois lointaine. Personne ne savait d’où elles venaient. Elles étaient quatre…oui sûrement quatre et très jeunes.

" Braves villageois, nous avons entendu vos prières et nous voilà !…"

" Vous êtes un peuple fier et nous vous avons choisis pour cette noble tache…"

" Qu’est de construire un lieu, un lieu où les esprits puissent se manifester…"

" Construisez ce cercle de pierres, ici même et nous vous protégerons des démons ! "

Soudain au dessus de leurs têtes, apparut comme une brume un cercle de pierre, donnant les indications de la construction aux villageois.

Les brumes disparurent ainsi que les voix. Les villageois restèrent sans bouger pendant quelques minutes, puis le chef se leva et ordonna que la construction commence immédiatement.

La construction dura plus de 1500 ans. De génération en génération, les travaux se transmettaient de père en fils.

Enfin, après tant de sacrifices, le cercle était en place. Ils avaient suivis exactement les indications laissées par les esprits.

Un soir de juin, le soir de l’équinoxe d’été, une jeune garçon ne put s’empêcher de sortir et d’admirer le cercle de pierre. Tout le village en était fier. Il se faufila entre les huttes et se dirigea vers la cote. Mais ce qui l’attendait dépassait l’entendement du jeune homme. Alors qu’il s’approchai du Cercle, il entendit des voix. "Les esprits ! " se dit il, mais il entendait des voix de personnes âgées, fatiguées et usées par le temps. On lui avait conté l’évènement des esprits, tous avaient entendu des voix de jeunes filles, alors pourquoi des vieilles femmes ?

Il rampa jusqu’au cercle pour ne pas se faire repérer. Il les vit ! Les Esprits, quatre femmes ridées, desséchées par le vent marin et le temps. Elles portaient des haillons gris et levaient les bras au ciel.

"Par la porte du Nord, par la force de la Terre, mère de toute vie, je t’invoque…"

"Par la porte de l’Est, par la puissance des Vents, messager céleste, je t’appelle… "

"Par le porte du Sud, par la force du Feu dévastateur, je t’invoque… "

"Par la porte de l’Ouest, par la puissance des Mers indomptable, je t’appelle…"

Les nuages se dévoilèrent laissant la Lune éclairée le lieu. Les pierres se mirent à rayonner, des symboles apparurent sur celles ci, dégageant une couleur bleutée. Les Quatre femmes crièrent en même temps.

"Nous t’invoquons, Ô Seigneur de la nuit ! Entends notre appel, fais que nous retrouvions notre jeunesse, rend nous belles et séduisantes pour te servir ! "

Une à une les pierres se soulevèrent, ainsi que les quatre femmes. Le cercle entier flottait au dessus de la tête du jeune homme qui restait pétrifié. La lumière que dégageait les pierres devenait insoutenable, obligeant le jeune garçon à baisser les yeux, puis à les fermer. Lorsqu’il les rouvrit, tout était redevenu normal. Les pierres étaient au sol, pas de signes bleutés…Où étaient ces quatre femmes qui.. ?

"Et bien et bien, qu’avons nous là ? " retentit une douce voix.

"Un villageois est peu trop curieux à mon goût" répondit une autre.

"Peut être, mais il est à mon goût, ce jeune garçon ! " susurra une troisième.

"Allons mes sœurs, laissez le tranquille…" s’imposa une dernière.

Quatre jeunes femmes regardaient le pauvre garçon encore perdu. Elles étaient toutes d’une grande beauté, aussi fraîche qu’une rose qui vient d’éclore mais tout aussi dangereuse avec ses épines. Il le sentait, il était en danger. Il voulut s’échapper mais l’une d’elles cria :

"Stupéfix ! "

Il se retrouva cloué au sol. Il ne pouvait plus rien faire. Elles se rapprochèrent, discutant de la manière d’en finir.

"On le tue ? "

"Non pas la peine ! "

"A nous quatre, on peut le faire ! "

"Tout à fait d’accord ! "

Elles l’encerclèrent et le pointant du doigt, à l’unisson, elles scandèrent :

"Un esprit trop curieux nous a dérangé,

Maintenant de sa témérité il doit payer !

Cette vision, de sa mémoire, nous allons ôter,

A nous quatre, ce sort nous allons lancer…OUBLIETTES !! "

La vie continua dans le village, on comptait parmi les habitants un demeuré, il allait et venait, parlait de pierres volantes, de lumière aveuglante, il le criait à qui voulait bien l’entendre. Les Esprits ne se manifestèrent plus jamais, les villageois ne furent pas protégés des démons ou de quoi que ce soit. Mais ils continuaient de rendre hommage aux Esprits du Cercle, un espoir complètement vain. Les Quatre s’en étaient partis jouir de leur nouvelle jeunesse en d’autres lieux. Quatre sorcières plus cruelles que la mort, ne pensant qu’à elles, indifférentes face au triste sort qu’elles infligent aux esprits naïfs et influençables.

Anianka ferma le livre, le posa sur ses genoux et enleva ses lunettes.

"Voilà d’où vient le nom Stonehenge…"Pierres suspendues"…"

Elle ferma les yeux et s’endormit. Comme à chaque fois. On se retira de la pièce, le rêve était fini, maintenant devait reprendre la vie.

Alors qu’en penses tu ? As tu vu la limite entre vérité et fiction ? As tu ressenti la douleur du jeune homme, condamné à l’obscurité ?

Ce qui est vrai ou ne l’est pas n’est qu’une question de point de vue, attention à ne pas se perdre dans les histoires de Anianka, tu pourrais ne pas en revenir…

Stonehenge_by_Clickerfou

Zalhera 

Posté par Adder à 18:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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